Accéder au contenu principal

Quoi ? Un smartphone sous Linux...

 

Dans l’attente – et même dans l’espérance – d’un smartphone Linux enfin abouti, je traque ce futur espace de liberté qui romprait avec les enfermements actuels, ces « écosystèmes » dont le nom sert surtout à faire avaler la contrainte.

Sur mes ordinateurs, en revanche, la question est réglée depuis longtemps. Voilà plus de six ans que je vis sous GNU/Linux : Linux Mint, Ubuntu, Fedora, Kubuntu. J’ai testé, comparé, hésité, exploré bien d’autres distributions… Fedora m’a longtemps plu par sa fraîcheur et le rythme rapide de ses mises à jour de versions. Puis, par anticipation – de l’avenir en général, et du mien en particulier – je me suis stabilisé sur Kubuntu. J’ai aujourd’hui soixante-neuf ans et la recherche permanente de nouveauté m’intéresse moins que la stabilité.

Ce n’est pas un renoncement, mais un choix : celui d’une simplicité efficace. Y compris pour le jour où je deviendrai, peut-être, un utilisateur plus hésitant, moins dégourdi, car rattrapé par notre vieil et éternel ennemi.

Dans cet esprit, Kubuntu fonctionne à très long terme sans surprises. Il ne fait pas de bruit. Il ne cherche pas à séduire par des pseudo-simplifications qui finissent souvent par compliquer les choses. Je pense ici à GNOME, qui a bien failli me faire quitter Linux.

Kubuntu s’appuie sur l’un des meilleurs environnements de bureau : KDE. Évolutif et sans limites pour ceux qui veulent aller loin, mais aussi d’une stabilité remarquable pour ceux qui recherchent autre chose.

L’environnement KDE est d’une maturité rare : tout y est logique, modulable, sans jamais devenir confus. Même des points techniques pénibles, comme la gestion des cartes Nvidia, deviennent invisibles grâce à une automatisation bien maîtrisée, sans nécessité d’une intervention de l’utilisateur.

Le système s’efface et laisse place à l’usage.

Et c’est peut-être là le point essentiel : un bon outil « disparaît ».

À l’inverse, les OS (systèmes d’exploitation) dominants se rappellent en permanence à l’utilisateur. Notifications, suggestions, mises en avant, guidage constant : tout est pensé pour orienter, parfois subtilement, la décision.

Linux fait exactement l’inverse dans sa logique d’interaction. Il ne guide pas, il laisse comprendre. Il n’enferme pas, il expose une structure. L’organisation des fichiers en est un exemple parlant : /home, /etc, /var… Ce n’est pas seulement une arborescence, c’est une logique.

On peut l’ignorer totalement. Mais si l’on veut comprendre, tout est accessible.

Et c’est précisément là que le rapport change : ce n’est plus un usage, c’est une appropriation.

Dans un monde où les systèmes deviennent de plus en plus opaques, cette transparence a quelque chose de presque subversif. Elle demande un effort à ceux qui refusent de se limiter à un usage de confort. En échange, elle redonne une forme d’autonomie, donc de liberté.

Il ne s’agit pas ici d’un rejet du progrès, mais d’un déplacement de priorité.

Nous sommes entrés dans une époque où l’on valorise de plus en plus les outils qui pensent à notre place, et nous le faisons si bien que nous ne nous en rendons pas vraiment compte. L’intelligence artificielle écrit, corrige, suggère, anticipe. Elle devient un intermédiaire entre nous et le réel, peut-être aussi entre nous et nous-mêmes, car elle est née de nous.

C’est confortable. Redoutablement efficace.

Mais à force d’être assisté, que devient ce que nous comprenons réellement ?

Linux, à sa manière, bouscule une certaine évolution contemporaine : celle d’une société qui multiplie les protections, les règles, les encadrements et les dispositifs de confort, au point d’en devenir de plus en plus étouffante. Non pas par malveillance, mais par excès de précaution, de normalisation et de contrôle diffus. Linux n’interdit rien, mais il n’impose pas non plus une facilité totale. Il laisse la possibilité de savoir. Et cette possibilité n’est pas un luxe ordinaire : c’est le luxe des luxes.

Il ne s’agit pas de rejeter le progrès. Ce serait absurde. Mais peut-être faut-il conserver des espaces où l’on peut encore voir, comprendre et décider par nous-mêmes.

Linux est l’un de ces espaces.

Bien sûr, tout n’est pas parfait. Certaines applications manquent, mais elles sont de plus en plus rares ; pour mon usage, aucune ne me manque, et beaucoup d’applications sous Linux sont bien plus pratiques que certaines sous d’autres OS… Des matériels résistent encore, et le grand public regarde ailleurs. Mais là aussi, cela devient de moins en moins vrai.

Reste ce point aveugle : le smartphone.

Cet objet, devenu central dans nos vies, reste massivement fermé. Verrouillé. Contrôlé. Optimisé pour l’usage, rarement pour la compréhension. Tant que cette pièce manque, l’expérience Linux reste incomplète.

Alors j’attends, j’espère l’arrivée de smartphones chamboule-tout sous Linux.

Pas un gadget pour initiés. Pas une curiosité technique. Mais un véritable smartphone Linux, abouti, stable, accessible. Un outil qui prolongerait cette philosophie de liberté dans l’objet le plus quotidien qui soit.

Le jour où cela arrivera, il ne s’agira pas simplement d’un nouveau produit.

Ce sera une fissure.

Peut-être discrète. Peut-être ignorée par beaucoup. Mais un coup de semonce dans un modèle où tout devient opaque, assisté, dirigé.

Et dans cette fissure, il y aura à nouveau de la place pour ces choses qui disparaissent aujourd’hui peu à peu : la compréhension et la liberté.

Images Pixabay :

https://pixabay.com/fr/vectors/t%c3%a9l%c3%a9phone-intelligent-t%c3%a9l%c3%a9phoner-5830488/

https://pixabay.com/fr/vectors/linux-unix-smoking-manchot-2025130/

Retour vers le sommaire de QUOI ?

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

L'inconnue du Palais des Festivals

 

Strapontins - Roman à lire directement avec la liseuse intégrée à ce blog

Strapontins, de Christian VIAL

Ngoc Lan : l'ange de la chanson vietnamienne...

 

Vies croisées à contretemps

Les réseaux sociaux...

 

Bing Bang !

Lui...

Tout a une fin, puisque tout recommence toujours...

 

L'Aurore de F.W. Murnau (1927) - Analyse et critique du film - DVDClassik