Complotisme, complotiste, complotistes…
Des mots omniprésents dans nos vies au début du XXIᵉ siècle. On dit qu’ils auraient été plus ou moins inventés à la fin des années 1960. Peu importe leur origine exacte. Ce qui m’intéresse, c’est l’usage de ces mots, et surtout leur succès.
L’accusation de complotisme a envahi les médias et les têtes des politiques à partir de 2017, avant de tout verrouiller et de tout interdire lors de l’hystérie Covid-19 de 2020, une période floue, instable, anxiogène. Idéale pour qu’un mot devienne une arme.
Car le complotiste n’est pas seulement celui qui croit que la Terre est plate ou que des avions nous empoisonnent en silence. Ces bêtises sont le fait d’esprits très peu éclairés, bien sûr, mais elles ne définissent pas l’ensemble de ce que l’on range aujourd’hui sous l’étiquette de complotisme. Elles servent de figures extrêmes, régulièrement mises en avant par les pouvoirs en place pour permettre l’amalgame, autoriser le mélange et fabriquer une caricature commode de toute forme d’opposition, de contestation ou de doute.
Dès lors, ne plus être d’accord suffit. Douter suffit aussi. Et cela suffit pour être catégorisé comme complotiste. C’est pratique : un mot, un seul, qui remplace tout opposant et permet de le désigner à la multitude docile.
L’hystérie Covid-19 a marqué un point de non-retour. Une sorte de danse de Saint-Guy moderne, où la peur a pris le contrôle du raisonnement et où l’obéissance est devenue une vertu cardinale. Au nom de la santé, l’impensable a été accepté : des salariés mis à la rue, des soignants et des pompiers privés de salaire, montrés du doigt et livrés à la vindicte populaire.
Des Français ont dénoncé leurs voisins. Un réflexe ancien, qui resurgit à chaque période sombre de notre histoire.
Refuser une injection alors qu’elle était en phase d’expérimentation a suffi à classer des citoyens sous des étiquettes toutes faites : antivax, complotistes, anti-science.
Des accusations d’autant plus absurdes que la science ne progresse que par la remise en question : le doute n’est pas son ennemi, il en est le moteur. Traiter de « complotistes » ou d’« anti-science » ceux qui doutent ne prouve rien sur la science elle-même, mais révèle le scientisme des inquisiteurs.
J’ai refusé le vaccin contre la Covid-19. Ai-je eu raison ? Je n’en sais rien. Et c’est précisément là que se situe la différence. Je sais simplement qu’un proche est décédé dans les mois ayant suivi sa seconde injection. Je sais que plusieurs personnes de mon entourage ont présenté des troubles parfois graves. Je n’en tire aucune certitude. Je m’interroge.
Ce qui m’interroge davantage encore, c’est l’absence totale de débat contradictoire digne de ce nom. Pas un véritable face-à-face public entre sommités médicales reconnues, favorables et critiques, choisies pour leur compétence et non pour leur conformité. Rien. Seulement le silence. Un silence assourdissant.
Ce silence-là alimente les soupçons. Non parce qu’il prouve quoi que ce soit, mais parce qu’il empêche toute clarification et tout apaisement. Il a creusé une fracture profonde entre Français. Une sécession silencieuse que personne ne veut vraiment regarder : ni les décideurs, ni parfois même ceux qui en ont souffert. Pourtant, elle existe. Et un jour, elle devra être reconnue. Elle le sera.
Les véritables complotistes ne sont peut-être pas ceux que l’on désigne. Les plus dangereux ne sont pas ceux qui doutent, mais ceux qui interdisent de douter. Ceux qui manient l’accusation comme une matraque. Ceux qui transforment un mot en instrument de pouvoir.
Et c’est peut-être cela, le véritable complot : faire croire que poser des questions est déjà une faute.
Image Pixabay : https://pixabay.com/fr/illustrations/couronne-coronavirus-covid-covid-19-5027709/

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