Dystopie ! Un mot forgé au XIXe siècle pour désigner des mondes imaginaires, futurs, exagérés. Des sociétés froides où l’argent devenait Dieu, entouré d’apôtres cupides, prêts à sacrifier toutes les libertés sur l’autel du profit. À l’époque, ces récits se voulaient des avertissements, des fictions, des hypothèses.
Puis le XXIe siècle est arrivé. Depuis son premier quart, le mot « dystopie » est dans toutes les têtes lucides, ces têtes dénoncées comme complotistes par les sapeurs dystopiques. Il n’est plus cantonné aux romans, il s’est échappé des bibliothèques pour envahir les journaux, les discours, les esprits, nos vies. Mais en France, il a pris une consistance particulière à partir de 2017. Comme si cette année-là, le pays avait franchi un seuil invisible, quitté une orbite connue et rassurante, happé par un champ gravitationnel nouveau, instable, inquiétant.
2017, l’année où la France a découvert, pour elle-même, un mot qu’elle croyait réservé aux dictatures lointaines. L’année où elle a compris que la dystopie n’était plus un futur possible, mais un présent en cours d’installation.
Depuis, tout s’est accéléré. Comme après un Big Bang politique raté, l’espace public s’est dilaté, non pas vers plus de liberté, mais vers plus de contrôle, plus d’angoisse, plus de confusion. La politique a cessé de gouverner. Elle ne trace plus de trajectoires, elle administre les peurs :
— La peur des autres.
— La peur de l’autre.
— La peur sanitaire.
— La peur du climat, jetée comme une météorite permanente sur les consciences.
— La peur humanitaire, instrumentalisée, mise en scène, amplifiée par des ingénieurs de l’angoisse, de grands manipulateurs, de véritables tyrans émotionnels.
Dans ce chaos organisé, la société française ressemble à un système solaire déréglé : plus de centre stable, plus de repères fixes. Tout gravite autour de peurs successives, comme des planètes affolées, changeant d’orbite au gré des injonctions politiques et médiatiques.
Parmi toutes les dystopies contemporaines, il en est une qui domine, une dystopie vedette, une dystopie de tête d’affiche. Celle qui caracole en haut du box-office idéologique d’une classe politique française devenue sinistre, de droite à gauche et de gauche à droite. Une dystopie qui espère et œuvre pour l’extinction de toute joie dans un hexagone qu’elle veut joyeux comme un gigantesque cimetière.
Cette dystopie-là se présente comme morale, progressiste, bienveillante. Elle se drape dans les habits de la vertu, comme la République se drape dans ses symboles. Elle se veut laïque, rationnelle, éclairée. Elle est pourtant la plus dangereuse de toutes. Cette dystopie ne se contente pas de contrôler, elle veut effacer. Effacer les traditions, effacer les fêtes, effacer les racines culturelles et spirituelles qui, depuis des siècles, constituent le ciment invisible d’une France heureuse. Pour les laïques, Noël n’y est plus une fête, mais une anomalie. Les héritages ne sont plus des richesses, mais des fautes. La joie collective devient suspecte.
Ce ne sont pas les religions étrangères à la nôtre qui menacent la France. Elles existent, vivent, et suivent leur propre gravitation. La menace réelle est ailleurs. Elle se trouve dans cette religion laïque devenue dogmatique, intolérante, inquisitrice, persuadée de détenir le bien absolu et le sens de l’Histoire.
Comme un trou noir idéologique, elle absorbe tout : le débat, la nuance, la mémoire, la joie. Rien ne lui échappe. Même la liberté, pourtant brandie en étendard, y disparaît sans laisser de trace.
Voilà la dystopie française : non pas une dictature brutale, mais une dérive douce, morale, administrative. Non pas un effondrement soudain, mais une lente perte de repères, comme un univers qui se refroidit inexorablement.
Et c’est sans doute cela, le plus inquiétant : nous ne sommes pas opprimés par la force, mais convaincus par les peurs.

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