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Quoi ? Les rêves...

 « La vie n’est que le rêve d’un rêve, mais c’est autre part qu’on est éveillé. »
— Louis Jouvet, Le comédien désincarné

Je fais souvent des rêves étranges, mais qu’est-ce qui est le plus étrange : nos vies ou nos rêves ?

De certains, il me reste des fragments mêlés de visages, de lieux, de voix, d’époques… Où est le vrai, où est le faux ? Nos existences n’ont-elles pas parfois la texture d’un rêve un peu trop cohérent pour être vrai ? Et si rien n’était réellement inexistant, par la réalité même de nos rêves…

Pendant quelques années, je rêvais qu’une personne mourait. Peu après, ce n’était jamais elle, mais toujours un membre de sa famille, qui disparaissait. Cela m’a longtemps troublé… Aujourd’hui, ces rêves me laissent enfin en paix.

Il y a aussi – l’entre-deux des rêves lucides –, ce territoire indécis entre réveil et sommeil, dans lequel une sorte d’écriture automatique m’envahit. Des scènes, des personnages, des dialogues s’enchaînent avec une cohérence déconcertante et je suis ébahi devant ce film à la mise en scène impeccable, et à la distribution époustouflante.

Tout se tient : l’histoire, la logique, les émotions. C’est limpide, fluide, parfait – et dès que je me lève, tout ne s’efface pas. Non, pas du tout : il vaudrait mieux que cela s’efface, je n’aurais ainsi aucun regret devant le navet devenu…

Je reste là, conscient d’avoir tenu un fil, un monde entier, mais incapable d’en écrire les dialogues ni d’en refaire la mise en scène. Alors, je me demande : à qui appartiennent ces histoires ? À moi ? Ou à cet autre, ce rêveur silencieux qui habite mon sommeil ?

Mes études sont insuffisantes, que dis-je, insuffisantes ! Je n’en ai fait aucune, sinon j’aurais pu vous écrire des lignes savantes sur le moi, et ç’aurait été classieux… Eh bien pour ça, vous repasserez : pas l’ombre d’un diplôme, rien.

Et puis il y eut Anne de Bretagne. Oui, Anne de Bretagne ! Écoutez – ou plutôt lisez – bien ça :
Suite à l’un de ces films étranges, j’ai bondi du lit, saisi mon smartphone, et tout noté avant que ma mémoire ne s’évanouisse. Puis, avec une curiosité gourmande, j’ai cherché sur Google, sur les sites d’histoire de France : rien. Rien de rien ! Aucune trace d’Anne de Bretagne en lien avec mon rêve ! Nulle mention d’un homme enfermé dans une tour, condamné à rester à genoux, à ne se nourrir que de céréales, pour avoir osé effleurer un bras, une épaule, le corps royal d’Anne de Bretagne.

Un rêve surprenant, car jusque-là, lors de mes nombreuses lectures historiques, Anne de Bretagne n’avait jamais retenu mon attention. Mais voilà peut-être qui est fait : comment ne pas me la rappeler, maintenant que j’ai gravé ce rêve dans le numérique, pour l’éternité des vivants…

Peut-être que rêver, c’est écrire sans se souvenir, et qu’écrire, c’est rêver sans dormir.

Crédit image : Pixabay
https://pixabay.com/fr/illustrations/visage-femme-r%c3%aaver-r%c3%aaves-ville-417830/

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