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Le journalisme, en quelques mots amusants, expliqué par Antoine Albalat...

 

Le journalisme, en quelques mots amusants, expliqué par Antoine Albalat, écrivain et critique littéraire, né en 1866, décédé en 1935 : 

Georges Duval conte, à propos des besognes journalistiques, une amusante anecdote :

« De retour à Paris, je trouvai un mot d’Émile de Girardin me priant de passer à la Liberté, rue Montmartre. Il me demande s’il me conviendrait d’entrer dans sa rédaction. J’accepte avec enthousiasme ; il me fait asseoir et me dit : 

— Écrivez de suite un article sur la marine du Brésil. Deux colonnes. Vite. Nous sommes en retard. 

Je n’oublierai jamais ma confusion. Je ne possédais sur la marine du Brésil aucun renseignement. Girardin m’aurait proposé d’improviser un discours sur les dépôts pélagiques de la Méditerranée, mon embarras n’eût pas été plus grand. Je lui avoue mon ignorance en la matière ; il rajuste son binocle, fronce les sourcils, resserre son nœud de cravate et, de sa petite voix grêle que j’entends encore :

— Si vous voulez réussir dans le métier, il faut vous habituer à traiter tous les sujets, même ceux que vous ne connaissez pas. Le lecteur les connaissant encore moins, le journaliste a toujours sur lui la supériorité d’un professeur, fût-il mauvais, sur des élèves qui sont des cancres.

J’avais, tout jeune, passé mes examens pour l’École navale, avant de préparer Polytechnique ; je réunis mes souvenirs et entrai bravement dans le vif de mon sujet, agrémenté d’expressions techniques qui me valurent les compliments de Girardin. L’article ne souleva pas une protestation ; pas une rectification n’en détruisit l’heureux effet et, pour que la honte fût complète, trois mois après, je recevais l’ordre du Christ du Brésil ! Girardin m’en félicita. »

Extrait de : Comment on devient écrivain par Antoine Albalat

Commentaires

  1. Un journaliste a pu faire une école de journalisme plus ou moins réputée. Mais c'est une profession de plus en plus ouverte, ou qui est désormais concurrencee

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  2. Oui, mais cela n’enlève rien aux mots amusants d’Antoine Albalat. Avec les journalistes des chaînes d’infos en boucle et ceux des chaînes publiques, c’est même pire de nos jours… Une véritable catastrophe.

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