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Le premier chapitre de CINEMA, roman en cours de finalisation. Encore de petites retouches qui me prendront probablement beaucoup de temps...

 

Samedi 2octobre 2020 : La grande dame brune (modifié en octobre 2024)

Des enfants, des adolescents, des personnes de tous âges s’éloignaient du manège d’autos tamponneuses et comme chaque samedi en fin d’après-midi, le portail du mas Chéron se refermerait derrière eux.

Dans le contrôle1, Françoise Chéron, une vieille femme toute de noir vêtue fixait, hagarde, ses vingt-deux voitures abandonnées éparpillées sur la grande piste d’acier. À soixante-treize ans passés, elle n’avait plus la force de les aligner.

La septuagénaire leva les yeux au plafond, puis les abaissa sous le comptoir… Le nerf de bœuf suspendu au dossier du fauteuil de son père avait été brûlé par sa mère dès leur retraite. Sur le guichet, le coffret en bois avait également disparu…

Les pochettes des disques 45 tours accrochées sur la paroi arrière avaient arrêté le temps aux années soixante-dix. La vieille dame en saisit une qu’elle considéra de longues minutes… Puis, comme chaque samedi depuis vingt-trois ans, elle manœuvra les interrupteurs de l’éclairage et de la sonorisation dans le même ordre immuable qu’elle l’avait effectué jusqu’à ses dix-huit ans…

Cette grande dame brune arrivée d’Italie en 1998, entièrement vêtue de noir, avait expliqué vouloir respecter le rêve de son père… La fille de ces Chéron, des forains qui faisaient halte chaque hiver dans leur ville intrigua les Aixois par son italien parfait et son français à peine intelligible.

« Des forains, des manouches, des gitans, des gogos, des bohémiens ! Et d’où est-ce que ça sort ? Ça coûte à entretenir un manège comme ça ! et elle ne réclame pas un sou, elle ne veut rien, aucune aide ! »

Le temps s’écoula et avec lui défila toute une jeunesse devant la grande dame brune baptisée l’originale. Une originale quinquagénaire à son arrivée à Aix-en-Provence, dont les traits austères laissaient entrevoir une beauté qui fascinait les plus intrépides, auxquels elle opposait invariablement une froideur désarmante.

Hormis les occupants de ses bolides multicolores, l’originale ne fréquentait personne. Elle entretenait des relations exclusivement avec les commerçants d’Aix-en-Provence et les gens de la mairie qui après des renseignements pris à Rome n’avait jamais su que son nom : Françoise Chéron.

Dans un même esprit immuable alors que malgré la présence des tarifs encore affichés en francs, aucun argent n’y entrait jamais, la grande dame brune tourna la clef en quittant le contrôle.

Sans hâte, elle traversa la cour et au pied de la maison, elle regarda longtemps son manège rouge et blanc, le roi des vogues des années soixante et soixante-dix…

Enfin, elle pénétra à l’intérieur du mas, et bien qu’il ne fût au maximum que dix-huit heures, elle ferma toutes les issues du rez-de-chaussée.

Un peu avant vingt et une heures : une forte détonation !

1. Le contrôle, une petite remorque qui sert de caisse à tout manège

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