Je devais avoir vingt-trois ans quand j’ai quitté, les villes siamoises de mon enfance, Pont-de-Beauvoisin Savoie et Isère… À soixante-trois, je me retourne ; les copines et les copains qui ont survécu sont vieux… J’ai envie de les revoir, j’y songe souvent sans en parler à personne ; jamais. La jeunesse, c'est personnel, sacré, unique, incompréhensible, vrai… Mais en même temps non, je n’en ai pas envie ; après une quarantaine d’années assassinées, nous sommes d’autres personnes, nous ne nous retrouverions pas… Si je les revoyais, je sais que ma jeunesse et la leur disparaîtrait instantanément, foudroyée au premier regard échangé ! et je veux tous les conserver au fond de moi, le plus longtemps possible… Aujourd’hui, c’est le visage de leur enfance et de leurs vingt ans que j’ai en tête… Nos conneries, nos tirages de sonnettes, nos glissades sur le Guiers, nos arcs, nos pétards pirates et siffleurs, nos chariots à roulements à billes, le foot que je détestais copieusement, nos premiers bals, nos premières cuites, nos timidités… Pour, eux aussi, c’est cruellement naturel… Alors que faire ? Rien ! Attendre nos derniers regrets et nos derniers si j’avais su.
— Christian Vial, écrit vers 2020…
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